Quelle Information pour quelle Decision?

ou: L'utilisation politique des bases de connaissance en éducation

Reflexions sur des Travaux en Cours à l'OCDE et à l'UNESCO

Marino Ostini


This contribution is available only in French.

It is not focused on ODL, but on assessment of continuing education.

The following three pages contain the transparencies that were presented by Marino Ostini to introduce the presentation.


Slide 1

NEW OFFERS NEW DEMANDS NEW ASSESSMENTS

CONTINUING EDUCATION: THREE MARKET SECTORS

RECOGNITION OF SKILLS AND COMPETENCIES

RESPONSIBILITY OF THE PUBLIC SECTOR


Building highways

Regulating traffic


ASSESSING

EQUITY

OUTCOMES/OUTPUTS

MARKETS

Slide 2
ADAPTING ASSESSMENT TOOLS TO THE DIMENSIONS


A TRIPLE CHALLENGE: ACCESSIBILITY, QUALITY, COSTS


CREATING MISSING LINKS BETWEEN THE WAYS

MATERIALS ARE DEVELOPED

INSTRUCTIONAL STAFF LEARNS

PROGRAMS ARE EVALUATED


THE STUDENTS' OWNERSHIP OF IT


THE ORGANIZATIONAL DIMENSION

THE PEDAGOGICAL DIMENSION

THE ECONOMIC DIMENSION

THE TECHNOLOGICAL DIMENSION

Slide 3
SHARED ROLES AND RESPONSIBILITIES IN ASSESSMENT


SELF-REGULATION

PEER REVIEW

EXTERNAL

MIXED MODE

CONSENSUS

Funding implementation

Improving evaluation

Understanding access

Selection of appropriate technology

Securing infrastructure

Developing staff skills and commitment

Learning from each other

MISSING ISSUES

Who initiates development?

Content

Partnerships

Incentives


Résume

En 1995, le CERI (Centre OCDE de recherche et d'innovation en éducation) a organisé à Maastricht en collaboration avec les autorités néerlandaises et flamandes une conférence sur le thème des "Bases de connaissance pour une politique nationale de l'éducation". Ce fut la conférence finale d'une activité de recherche sur la recherche en éducation dans les pays industrialisés, qui avait débuté à Washington en 1992.

En 1995, le BIE (Bureau international d'éducation de l'UNESCO à Genève) a organisé à Tokyo en collaboration avec les autorités japonaises une conférence sur le thème "Liens entre recherche, information et prise de décision". Cette conférence s'insère dans une réflexion de longue haleine que le BIE essaye de mener afin de mieux exploiter l'information et la documentation existante dans le processus de décision politique. Toujours en 1995, les travaux de révision de la classification-internationale type de l'éducation (CITE) se sont également accélérés.

Cet outil UNESCO est largement dépassé et ne renseigne plus adéquatement sur les systèmes éducatifs. La recherche comparée en souffre aussi et c'est l'évolution du projet OCDE sur les indicateurs qui pousse à une modification des bases conceptuelles de la classification CITE. Un groupe de travail UNESCO, auquel collabore aussi l'OCDE, a été créé et ses premiers résultats ont été acceptés par les ministres de l'éducation réunis à Genève pour la 45ème conférence internationale de l'éducation (octobre 1996).

Etabli sur la base de publications officielles parues en 1996, ce compte-rendu est un essai de mise en relation de ces trois activités. Toutefois, l'accent principal reste sur la conférence de Maastricht, les autres activités étant encore en cours. Puisque la majorité des documents de référence sont en anglais, il se peut que les équivalents français de certains termes ne soient pas toujours satisfaisants.

1. Conférence De Maastricht, 11-13 Septembre 1995

Bases de connaissance pour une politique nationale de l'éducation

C'est en 1990 que les ministres de l'éducation réunis à Paris ont exprimé le souhait d'un renforcement de la recherche éducationnelle. Sur cette base, le CERI a procédé à une étude visant à éclaircir, d'une part, le rôle des gouvernements dans l'organisation, le soutien et l'utilisation de la recherche en éducation et, d'autre part, les liens existants entre recherche et prise de décision.

Entre 1992 et 1994 il s'est donc agi tout d'abord d'identifier et d'examiner les tendances, les problèmes et les défis de la recherche en éducation soutenue par les pouvoirs publics. A partir de cette analyse, on a investigué ce que pourrait constituer la base pour un renforcement de la recherche et développement, étant entendu que l'objectif principal devrait être une meilleure prise en compte de ses résultats pour la pratique pédagogique et le pilotage politique. On a donc procédé en trois étapes.

La première a impliqué la réalisation d'études de cas nationales. Huit pays - dont la Suisse - ont fourni des études de cas. La deuxième a été constituée d'une série de séminaires - quatre en tout - où il s'est agi pour l'essentiel de débattre dans une perspective comparative des différentes expériences nationales. La troisième, en faisant appel à des consultants extérieurs, a été la publication d'un rapport de synthèse résumant les tendances principales et proposant des actions prioritaires pour la suite. C'est ce qui a constitué la base pour la conférence de Maastricht. Cette dernière avait un objectif prioritaire et deux objectifs subsidiaires.

Fondamentalement, il s'agissait d'identifier les pratiques gouvernementales les plus innovatrices en la matière, de discuter des besoins en information des décideurs politiques, de la pertinence de l'utilisation de l'information découlant de la R&D et de l'exploitation stratégique des bases de connaissance internationales. Subsidiairement, il s'agissait également de préparer la documentation pour la réunion ministérielle de janvier 1996 et de fournir quelques pistes pour des activités futures du CERI.

Constats et questions-clés

Il nous semble utile de rappeler ici quelques-uns des points forts du rapport de synthèse et certaines des recommandations proposées en vue d'améliorer la base de connaissances et la coopération internationale en la matière.

Premier constat: la crise de confiance entre chercheurs et décideurs ne date pas d'aujourd'hui. Dès les années 1970, il est dit que le statut public de la recherche en éducation était mal défini dans la plupart des pays, que ce soit en raison d'un manque de clarté dans la relation entre la recherche et le développement ou en raison de l'absence d'une relation linéaire entre recherche et politique.

Il s'en suit l'apparition de la recherche-action et l'utilisation de formes de connaissances en concurrence avec la R&D, comme par exemple l'évaluation de type "audit" ou encore les statistiques et les indicateurs (de performance). Des études nationales sur la valeur et l'utilité de la recherche ont ensuite identifié des problèmes génériques tels que la fragmentation du processus de décision, l'inadaptation entre financement et travail effectué, la qualité médiocre due en partie au saupoudrage des ressources, la faible productivité par rapport aux investissements consentis, l'utilité limitée des résultats en raison aussi de leur mauvaise diffusion et dissémination. Plusieurs pays ont enfin essayé de réagir à la crise, en promouvant des actions aptes à améliorer la compréhension et les relations entre chercheurs, enseignants et décideurs.

Deuxième constat: il n'est pas toujours aisé de savoir ce que l'on entend par recherche en éducation. Ici, il est possible de se limiter à la définition de la recherche fournie par la Société suisse de recherche en éducation (SSRE) en énumérant les fonctions de la recherche:

En reprenant à leur compte cette distinction, les auteurs du rapport de synthèse de l'OCDE aboutissent à une liste de domaines de recherche à développer dans la plupart des pays industrialisés.

Il s'en suit une première question-clé: comment améliorer la relation entre recherche et politique face au scepticisme ambiant chez les décideurs et les personnes de terrain au sujet de l'utilité et de la pertinence de cette recherche? Le rapport indique trois pistes ou principes d'action:

C'est ainsi que la recherche en éducation pourra renforcer la base de connaissances et la pratique dans les établissements de tout ordre d'enseignement.

Deuxième question-clé: comment satisfaire les intérêts et les attentes des parties prenantes? Il s'agit de négocier la base de connaissances entre les différentes parties prenantes de la R&D. Il y a des intérêts particuliers, mais seulement dans une certaine mesure. Il s'agit d'éviter toute forme de conflit paralysant, en distinguant - d'une part - les actions demandées par le décideur et - d'autre part - les recherches de base entreprises par le chercheur. Si la communauté politique a souvent tendance à exprimer des besoins qu'il s'agit de satisfaire rapidement, il y a également des besoins dans le long terme, la nécessité de reconceptualiser, de recherches à caractère spéculatif et critique. Il faut savoir concilier les deux.

Troisième question-clé: comment améliorer la base de connaissances?

Les solutions semblent multiples, les exigences nombreuses. En voici un échantillon, toujours tiré du rapport de synthèse:

En conclusion, le rapport de synthèse incite à développer des perspectives internationales et comparatives. L'IEA d'abord, l'OCDE ensuite (ces dernières années surtout par le biais des recherches liées au projet INES sur les indicateurs) et enfin l'EERA peuvent montrer la voie et encourager l'échange de connaissances. Mais il serait possible de faire davantage si on pouvait:

Vaste programme, mais indispensable pour que l'effort consenti de part et d'autres débouche sur un programme de R&D en éducation en accord avec l'émergence d'une société fondée sur le savoir, une société cognitive en formation permanente tout au long de la vie.

Les discussions de Maastricht: Un raccourci

Ces deux constats et ces trois questions ont formé le point de départ des délibérations de la conférence de Maastricht, qui s'est voulue en quelque sorte une "confrontation" entre chercheurs et décideurs, avec un arbitrage de l'OCDE, en tant que lieu de dialogue et de débat d'idées entre les deux. Sans aucune prétention à l'exhaustivité - pour cela il y a le rapport de la conférence - ce qui suit va donc être une suite de références aux interventions les plus intéressantes à propos des besoins en information des gouvernements nationaux, des éléments-clés des bases de connaissance et des implications politiques de leur (non) utilisation.

Selon M. Johan Heene, de l'Université de Gand, l'idée de créer un système international d'indicateurs de l'éducation n'est pas nouvelle. C'est en effet en 1817 qu'un dénommé Marc Antoine Jullien a proposé un tel système "afin que nous puissions savoir quels pays progressent et quels pays régressent ou stagnent, quels sont leurs points faibles et quelles sont les solutions à transmettre d'un pays à l'autre". Dans son exposé, M. Heene a certes défendu l'actuel projet INES sur les indicateurs, mais a également insisté sur le rôle que doivent jouer les gouvernements dans l'élaboration des objectifs et des missions des systèmes éducatifs. Pour ce faire, les gouvernements doivent être les promoteurs d'un débat public permanent, afin que leur action soit comprise et acceptée par la communauté.

A M. Claude Thélot, de la Direction Evaluation et Prospective(DEP) au Ministère français de l'Education nationale, de nous rappeler que les deux secteurs - recherche et administration (ou gouvernement) - ont des intérêts fondamentalement hétérogènes, des logiques et des légitimités forts différentes. Pour le décideur, sa légitimité n'est pas scientifique, mais démocratique, du moins sous certaines latitudes. Or, si la décision politique ne peut pas, pour l'essentiel, être basée sur la science, il y a de bonnes raisons d'alimenter les gouvernements avec de l'information scientifique.

M. Thélot identifie quatre domaines où les résultats de la recherche peuvent être utiles, voire nécessaires pour des ministres de l'éducation:

M. Thélot est fermement convaincu qu'à certaines conditions les décideurs peuvent apprendre par la recherche en éducation.

M. Maurice Kogan, de l'Université Brunel au Royaume Uni, avait la tâche de rappeler les spécificités de l'enseignement supérieur en la matière. Selon lui, l'enseignement supérieur se distingue du reste du système éducatif par son contenu et son organisation. Si les curricula sont parfois établis par des autorités nationales, le plus souvent ce sont les conseils de faculté ("guild of professors") qui décident sous l'impulsion de propositions venant des enseignants eux-mêmes. Ce qui explique qu'encore aujourd'hui l'évaluation par les pairs prime, bien que l'on s'ouvre lentement à l'évaluation externe des contenus, de la qualité, des résultats et des processus. Il n'en reste pas moins que l'accomplissement des tâches de l'enseignement supérieur - entre autres recherche, enseignement, expertise ("consultancy") - demande d'autres formes d'information, mais aussi d'autres formes de soutien et d'organisation qu'ailleurs.

Pour M. Kogan, cela signifie que les autorités ont des besoins d'information spécifiques en matière de gestion du système et des institutions, sur la relation entre enseignement et recherche, d'une part, et société et économie, d'autre part et enfin sur la nature de l'acte d'apprendre et d'enseigner des savoirs et des savoir-faire transférables dans la pratique professionnelle.

Ceci dit, M. Kogan est conscient de la difficulté de concilier la recherche académique autonome avec les exigences de pilotage d'un gouvernement. Il est donc indispensable de toujours avoir à l'esprit la question de savoir qui produit quelle information dans quel but. Et ceci est valable tout aussi bien pour l'information et la recherche touchant aux acteurs du système, aux institutions, aux contenus, aux programmes, aux méthodes et au contrôle des résultats.

Pour M. Kogan, lorsqu'un gouvernement national veut par exemple être renseigné entre autres sur les populations, les besoins, les coûts et les bénéfices ou l'impact de sa politique, l'idéal pour le décideur est d'avoir à disposition un système mixte fait de résultats de la R&D ("disciplined enquiry") et de réflexions, analyses et enquêtes de type plus journalistique ("ordinary knowledge").

M. Ray C. Rist, du Center for Policy Studies de l'Universté George Washington aux Etats Unis, joue plus que les autres le rôle du défenseur des décideurs. Un brin provocateur, il affirme que le moment est venu de regarder aux relations entre chercheurs et décideurs, non pas du point de vue du chercheur, mais du point de vue des besoins et de la logique du décideur. Il ajoute qu'hélas peu de chercheurs occupent des postes politiques ("policy arena") et que la question est de savoir non seulement s'il est possible d'établir des relations opérationnelles, mais même de savoir si elles sont nécessaires. En simplifiant à l'extrême, il offre six suggestions pour améliorer la situation: impliquer davantage les acteurs présents sur la scène éducative, établir la confiance chez les décideurs, rédiger des rapports courts et succincts, vulgariser les résultats de la recherche scientifique, fournir les informations régulièrement.

L'essentiel de l'intervention de M. Rist concerne la présentation des quatre phases du cycle de la décision politique ("policy cycle"): établissement du calendrier des travaux ("agenda setting" ou fixation des paramètres de l'action gouvernementale), formulation des travaux à accomplir, implémentation de ces travaux et enfin évaluation des résultats de l'action gouvernementale ("accountability"). Il serait fastidieux d'entrer ici dans trop de détails, le texte de Rist est publié en entier dans les actes. Retenons l'essentiel du message: les décideurs subissent au cours des quatre phases des pressions d'une magnitude inconnue chez la plupart des chercheurs qui, eux, vivent davantage dans le long terme. Aux chercheurs donc, selon Rist, de faire l'essentiel de l'effort d'ajustement au langage et à la logique du décideur.

En conclusion, M. Rist propose de travailler dans six directions: étudier de part et d'autre ces deux cultures institutionnelles distinctes, expliquer aux chercheurs quels sont les besoins ressentis et les réponses souhaitées, revoir le système de reconnaissance des titres académiques, redéfinir la politique des publications scientifiques, réévaluer les sources de financement, accepter les limites méthodologiques.

Dans la discussion qui a suivi, M, Rist a été en partie soutenu dans ses propos par ceux qui parlaient au nom de l'administration et du gouvernement. Ceux qui s'exprimaient au nom de la communauté des chercheurs ont été plus critiques. Mais la difficulté principale résidait dans le fait que la majorité d'entre eux se sentaient chercheurs et administrateurs.

M. Walo Hutmacher du Centre de recherche en éducation de Genève a rappelé à M. Rist que la communauté des chercheurs est tout aussi diversifiée et hétéroclite que la communauté des décideurs. Il n'est donc pas possible de généraliser et simplifier à outrance. Il s'agit plutôt de comprendre que les deux champs (la recherche et la politique) se trouvent certes en évolution constante, mais se situent dans différentes phases de développement.

Le politique travaillant surtout dans le court terme, braqué sur une période législative, peut rarement prétendre être un expert en éducation. Le chercheur, lui, s'il oeuvre dans l'idée de produire des connaissances nouvelles, peut jouer un rôle important pour le décideur. Et à M. Hutmacher de citer l'exemple du Centre qu'il dirige, créé il y a trente ans par volonté politique. En effet, les décideurs avaient estimé qu'un tel outil pouvait leur être utile, pour inspirer leur action, la suivre, voire la critiquer. En conclusion, tout en acceptant le dialogue et certaines des exigences du monde politique, il faut se garder de se limiter dangereusement à des contingences politiques immédiates.

D'autres réactions à l'intervention de M. Rist furent tout aussi intéressantes, notamment celle de Mme Scheys du Ministère flamand de l'éducation. Elle a en effet offert des pistes de travail tout aussi bien pour les chercheurs que pour les décideurs. Pour elle, les chercheurs en éducation devraient comprendre qu'au delà de la pédagogie, d'autres disciplines telles que le droit, les sciences économiques, la sociologie, la socio-linguistique et la philosophie jouent un rôle majeur dans la création de savoir sur l'éducation. Elle a insisté sur le besoin d'améliorer la qualité de la recherche avec une meilleure formation des chercheurs aux méthodologies de recherche.

Mme Scheys a relevé la nécessité de soutenir les efforts de recherche fondamentale à côté de la recherche appliquée, à condition qu'elle s'attaque également à des domaines "nouveaux" tels que l'apprentissage tout au long de la vie. Elle a invité les chercheurs en éducation à s'impliquer davantage dans les affaires publiques en participant aux débats de société autour de l'éducation et de la formation. Enfin, elle a invité les chercheurs à faire un effort en matière de formulation de recommandations tirées des résultats de la recherche, en abandonnant le langage scientifique au profit d'un langage plus politique.

De leur côté, les décideurs doivent accepter les limites de la recherche en éducation et abandonner l'idée d'une relation linéaire entre savoir et prise de décision. Ils doivent aussi, en acceptant la logique du chercheur, l'impliquer davantage dans toutes les phases de leur travail. La recherche en éducation n'offre pas de méthode pour résoudre politiquement des problèmes, mais elle peut y contribuer.

Et à Mme Scheys de conclure en rompant une lance en faveur de la formation des enseignants à la recherche, en les impliquant de manière à ce qu'ils comprennent mieux la logique de la recherche. Les enseignants pourraient alors mieux intégrer ses résultats lors de décisions pédagogiques touchant aux actes d'apprendre et d'enseigner.

De quelques travaux futurs pour le CERI

Le rapporteur de la Conférence, M. Donald Hirsch, a esquissé quelques pistes pour des travaux futurs, tout en sachant que ce sera aux Ministres de l'éducation réunis à Paris en janvier 1996, voire au Comité de l'éducation et au Comité directeur du CERI, de fixer les priorités dans le cadre d'un nouveau mandat pour ces organes de l'OCDE.

En résumé, suite aux discussions menées durant la Conférence, il a été suggéré que le CERI pourrait jouer un rôle majeur par

Aujourd'hui nous savons par le programme de travail 1997-1998 du CERI, adopté en mars 1996, que les travaux dans ce secteur vont continuer. Pour le CERI, il s'agira de conceptualiser et analyser davantage l'apport de la recherche-développement en éducation à la société du savoir. Bien que l'on incite le CERI à coopérer davantage avec la Direction de la science, de la technologie et de l'industrie (DSTI) et le Département des affaires économiques (DAE), il est permis pour l'instant de douter de l'efficacité de certains travaux tant que l'on n'étudie pas davantage comment amener les chercheurs à s'approprier le langage du décideur et comment mieux intégrer les enseignants dans des projets de recherche. Aux délégués du Comité de l'éducation et du Comité directeur du CERI de veiller à ce que le dialogue entre chercheurs, praticiens et décideurs s'améliore par une réflexion commune.

2. Conférence De Tokyo, 4-14 Septembre 1995

Liens entre recherche, information et prise de décision

Les raisons principales d'évoquer cette conférence à laquelle aucun suisse n'a participé sont la similitude frappante des thèmes traités et le parallélisme regrettable (mêmes dates ou presque) des deux conférences. Que l'OCDE et l'UNESCO se préoccupent tous les deux d'améliorer les relations entre chercheurs en éducation et décideurs est certes réjouissant. Sachant par ailleurs que les deux organisations ne collaborent que très ponctuellement, il faut souligner un plus dans la conférence de Tokyo organisée avec les autorités japonaises: la présence d'un autre acteur important: le spécialiste en information/documentation. C'est ce qui fait la spécificité de ce travail initié par le Bureau international d'éducation de Genève et auquel il serait utile de s'associer davantage.

Des représentants de vingt pays étaient présents, dont six provenant de la zone OCDE (Allemagne, Australie, Etats-Unis, Japon, Pays-Bas et Royaume Uni). M. Mayor, Directeur Général de l'UNESCO, en visite officielle au Japon, s'est également adressé aux participants.

Les objectifs de la réunion étaient les suivants:

En termes de besoins de la recherche, les participants ont par ex. souhaité:

En matière d'information, les problèmes sont surtout liés à sa disponibilité et à son utilisation:

Autrement dit, en l'absence de données pertinentes de R&D, les décideurs continuent à se baser sur leur expérience personnelle, leur bon sens, l'opinion des collègues et des médias. Ou alors ils ne comprennent pas le langage et l'approche des chercheurs. On cite en vrac le langage parfois trop technique, les résultats contradictoires de certaines recherches, l'absence d'esprit de synthèse, la présentation décontextualisée des résultats. On regrette les efforts insuffisants des producteurs de données pour interagir avec les décideurs et de réagir parfois uniquement sur demande.

Cela a débouché sur des demandes telles que:

La conférence, a rappelé que de nombreuses sources d'information existent au delà des données provenant de la recherche. Et que l'utilisateur n'est pas uniquement le politicien au sens étroit du terme. Il y a entre autres aussi les administrateurs et les chefs d'établissement, les bibliothécaires, les parents, les journalistes, les personnels d'appoint, les syndicats, les patronats.

En termes de contenus, les besoins exprimés ont tourné autour de la gestion des systèmes éducatifs, de l'accès à l'éducation, des contenus, des méthodes d'évaluation, des enseignants, des aspects socio-culturels de l'éducation, de l'enseignement supérieur.

Réalistes, les participants ont également dressé une liste des obstacles à l'utilisation de l'information existante:

Il est facile de s'imaginer comment ces besoins ont été traduits en termes de recommandations et de plans d'action. Il n'est donc pas nécessaire de les énumérer ici, comme nous l'avons fait pour le CERI. Ce qui est plus intéressant de relever c'est que ces recommandations s'adressent non seulement aux chercheurs et aux décideurs, mais également aux documemtalistes, aux praticiens, au grand public, aux organismes internationaux. Ceci, dans le but de pousser à l'émergence d'une nouvelle profession, celle de l’"information broker" ou du "traducteur-interprète de l'information" produite par l'ensemble des acteurs de la scène éducative.

3. Travaux de révision de la classification internationale type de l'education (Cite) de l'UNESCO

Il faut se rappeler que cette classification a été créée dès le début des années 1970 pour définir les niveaux de l'éducation et a été universellement utilisée depuis son adoption officielle en 1978. Elle était sensée fournir de l'information normalisée sous forme de statistiques sur les systèmes d'éducation afin d'étayer la planification de l'enseignement et de ressources humaines. Elle devait aussi permettre à chaque pays de se créer des matrices profession-éducation, voire faire des projections sur les débouchés professionnels et calculer les effectifs requis par degré et domaine d'études. Seulement accessoirement elle devait permettre des comparaisons internationales.

Aujourd'hui cette classification est en partie dépassée. Les systèmes éducatifs changent de nature. Mais c'est aussi sous l'impulsion des travaux de l'OCDE en matière d'indicateurs (projet INES), où les besoins en matière de comparabilité sont plus grands, que la révision de la classification a été accélérée. La révision a été mise en route dès 1992, mais ce n'est finalement qu'en novembre 1995 que les travaux ont pris une tournure plus importante. D'une part, à cette date un mandat plus précis a été donné par la Conférence générale de l'UNESCO à son Service des statistiques, d'autre part l'Assemblée générale du projet INES (juin 1995) avait renforcé le besoin d'une révision rapide, et ceci avant la poursuite des travaux en 1997 sous le nouveau mandat des organes compétents de l'OCDE. D'oû la création d'un groupe de travail géré, certes, par l'UNESCO, mais où la présence de l'OCDE est directement ou indirectement très forte.

Si les travaux de révision de la CITE sont traité ici, c'est parce qu'ils rejoignent les préoccupations centrales des deux conférences de Maastricht et de Tokyo: quelle information pour quelle décision? Les 20-21 mai 1996, réuni à Genève au Bureau International d'Education, le groupe de travail a présenté pour la première fois à un public plus large de chercheurs et administrateurs un nouveau cadre général pour la classification des niveaux d'éducation. Il a été dit dans l'introduction que "pour pouvoir être utilisées efficacement par les décideurs, les analystes et le public informé, les statistiques internationales devraient s'appuyer sur une terminologie, des concepts, des définitions et des classifications type".

Il semble désormais clair qu'une classification qui ne clarifie que les niveaux est insuffisante, même si elle tient compte des innovations liées à la formation professionnelle et continue d'adultes, du développement des méthodes par la formation à distance et les nouvelles technologies de l'information, ou encore de l'éducation non-formelle ou non traditionnelle.

Le groupe d'experts de la CITE s'est retrouvé pour deux jours à Genève du 30 septembre au 1er octobre 1996. Le cadre conceptuel est accepté dans son ensemble, dans le sens que l'on met surtout l'accent sur les contenus des programmes pour définir les niveaux. Outre les niveaux, deux autres variables ont été retenues: les types d'éducation et les domaines d'étude.

Par contre, bien que considérées comme importantes, trois variables (les prestataires d'éducation, les lieux de prestation, les modalités de prestation) sont écartées afin d'éviter une classification trop complexe. Un consensus clair est apparu pour introduire un niveau intermédiaire entre le secondaire deux et l'enseignement supérieur. Il a également été accepté d'identifier l'éducation des adultes dans chaque niveau (p.ex. cours d'alphabétisation dans les niveaux les plus bas, la formation professionnelle continue - diplômante ou qualifiante - dans les niveaux les plus élevés).

Le ministres ont accepté les conclusions des travaux du groupe d'experts et accepté une recommandation adressée au Directeur général de l'UNESCO. Une fois la révision formellement adoptée par la Conférence générale de l'UNESCO de 1997, un grand effort restera à faire pour la réalisation d'un manuel d'application de la CITE et pour la mise sur pied de formations à l'intention des pourvoyeurs et des analystes de données.

En guise de conclusion

Nous sommes sur la bonne voie pour réussir le pari de l'amélioration de l'utilisation des résultats de la recherche et de la création de cette nouvelle profession de l'"information broker", quoiqu'en pensent les experts de l’OCDE. Maastricht, Tokyo, Paris et Genève; OCDE et UNESCO; INES et CITE, autant de lieux, de temps et d'espaces de réflexion sur cette lancinante question: si les chercheurs et les décideurs ne réussissent pas à s'entendre, y a-t-il une place pour des spécialistes de l'information du troisième type? Le prochain millénaire nous le dira.


Références Utiles

Gretler, A.  Länderbericht Schweiz. 3. Internationales OECD Seminar zur Bildungsforschung und -Entwicklung (Wien, Oktober 1994). Aarau, SKBF, 1994.

OECD,  Educational research and development: Austria, Germany, Switzerland. Paris, 1995.

OCDE,  La recherche et le développement en matière d'enseignement: Tendances, résultats et défis. Paris, 1995.

OCDE,  Regards sur l'éducation: Les indicateurs de l'OCDE. Paris, 1995.

OECD,  Knowledge bases for education policies. Paris, 1996.

UNESCO/IBE/NIER,  Educational reform and educational research: New challenges in linking research, information and decision-making. Geneva/Tokyo, 1995.

Reimers, F. et al. Confronting future challenges:  Educational information, research and decision-making. Geneva, IBE, 1995.

UNESCO,  International Standard Classification of Education (ISCED), Revised Version II (Working Document ED/BIE/CONFINTED 45/6). Paris, 1996.